Entretien avec Philippe Bacha : la désinfection de l’air intérieur par le plasma froid


Directeur de la société Néogiène, Philippe Bacha propose des solutions de purification de l’air intérieur et des surfaces, sans filtre et sans consommable, reposant sur la technologie du plasma froid. Comment fonctionne-t-elle et quelles sont ses applications dans les espaces que nous fréquentons au quotidien ? Nous avons posé nos questions à cet ingénieur de formation, diplômé en ingénierie biomédicale et aéronautique.


LesÉchosLogiques (L.E.L.) : Qu’est-ce que le plasma froid et quelles sont ses applications dans le domaine de l’épuration de l’air intérieur ?


Philippe Bacha (P.B.) : Le plasma froid fait partie de notre environnement naturel. Ce gaz ionisé est particulièrement présent à proximité des montagnes, des chutes d’eau, en bord de mer... À l'inverse, sa concentration tend à diminuer en milieu urbain et encore plus dans les espaces clos de nos habitations ou de notre environnement professionnel. Chaque individu peut en faire l’expérience, que ce soit sur le plan olfactif ou respiratoire (symptômes allergiques, etc..). C’est d'ailleurs ce constat qui aurait amené Albert Einstein à établir un lien théorique entre l’ionisation de l’air et la sensation de bien-être. Dans les faits, ces milieux naturels bénéficient de fortes concentrations en ions positifs et négatifs.

Pour recréer ces conditions au sein d’un espace clos, nos technologies reproduisent le plasma froid, aussi appelé ionisation bi-polaire. Sous l’impulsion d’une micro-décharge électrique, l’oxygène neutre perd une charge d’électron pour se charger positivement. Cet électron extrait s’associe à une autre molécule d’oxygène pour cette fois-ci se charger négativement. Le cycle se poursuit, purifiant non seulement l’air à travers la pièce, mais aussi l’ensemble de ses surfaces. Comment ? De même que dans la nature, ces ions sont les dépolluants de l’air et ils remplissent la totalité du volume de l’espace traité. Le fait d’en augmenter la concentration dans les milieux clos résulte automatiquement en une amélioration de la qualité de l’air intérieur. Du fait que l’espace entier soit rempli de ces ions, toutes les surfaces, de contact ou non, sont au contact de ces ions. Les études en laboratoire, et les cas d'études de projets internationaux depuis une dizaine d'années, ont validé et certifié l’action virucide, bactéricide, spongicide de ces ions d'oxygène dans l’air et sur les surfaces (même les plus difficiles d'accès), de même que leur capacité à éliminer les odeurs chimiques et organiques, les fumées, les Composés Organiques Volatils (COV) particulièrement présents en espace clos, et enfin les allergènes, les pollens et les squames d’animaux.


De plus, les lieux fermés concentrent des particules de toutes tailles. Les plus lourdes tombent naturellement et rapidement sur les sols et les surfaces, tandis que les plus légères peuvent rester en suspension dans l’air jusqu’à plusieurs jours : ces dernières sont les particules fines et ultra fines aussi appelées aérosols et sont les plus nocives puisqu’elles peuvent pénétrer directement le système sanguin. Toutes ces poussières constituent un support véhiculant les substances infectieuses et allergènes, dont les bactéries et les virus (incluant le virus responsable la COVID-19). Les personnes évoluant en milieux clos y sont donc constamment exposées, par l’air qu’elles respirent et par les surfaces avec lesquelles elles entrent en contact. La technologie du plasma froid agit aussi sur ces deux plans :

L’agglomération des ions positifs et négatifs attachés à ces particules aérosols les alourdit, ce qui les force à retomber naturellement vers le sol, les éliminant ainsi de notre espace de respiration ;

La réduction de l’électricité statique limite leur stagnation sur les surfaces. Dans ces conditions, les surfaces rencontrées par les particules deviennent glissantes, les amenant, là encore, à terminer leur course vers le sol ;

En présence de systèmes de traitement de l’air avec une recirculation de l’air (mini-splits, cartouches, VMC), ces particules, devenues plus grosses, sont facilement captées par les filtres en place.

Les individus souffrant d’allergies dues à la présence de ces particules ressentent immédiatement les effets de cette technologie. Les bénéfices pour l’ensemble de la population ont quant à eux été révélés par les tests en laboratoire pour des applications en milieux hospitaliers, avec une action prouvée jusqu’au staphylocoque doré résistant à la méthicilline (une des bactéries qui cause la plus grande inquiétude au milieu médical de par sa résistance aux remèdes et antibiotiques). La réduction de la contamination croisée des virus et des bactéries a également été observée par la NASA, et le réseau de sécurité sociale du Royaume-Uni, NHS (National Health Service), ce qui a, par exemple, encouragé le gouvernement coréen à installer cette technologie dans plus de 400 hôpitaux et dans 80% des ambulances.


L.E.L. : Peut-on envisager son déploiement dans tous les espaces clos ?


P.B. : Oui. Les études menées dans les environnements imposant des conditions sanitaires très strictes, démontrent une efficacité qui doit profiter à l’ensemble des bâtiments quelles que soient leurs activités : les bureaux, les hôtels, les restaurants, les salles de sports, les gares… Mais aussi à d’autres types de lieux clos comme les ascenseurs, les voitures, les bus ou encore les trains.


À partir du moment où cet endroit est équipé d’un système de traitement de l’air (VMC double flux, chauffage, climatisation…) la technologie du plasma froid est opérante. Nous proposons une gamme de produits adaptés à différents secteurs d’industrie. Les plus petits modèles sont capables de purifier une pièce en se positionnant, par exemple, à l'intérieur des splits muraux. En voiture, une fois branchés à l'allume-cigare, ils se placent, soit à l'intérieur du système de circulation d’air du véhicule, soit au niveau de l’arrivée d’air dans l’habitacle. D’autres modèles s’installent aussi dans les gaines de traitement de l’air et ne nécessitent aucune modification supplémentaire du dimensionnement de l’installation existante. Pour les endroits qui ne disposent pas de l'installation adéquate, nous offrons également des solutions mobiles.

Selon les volumes et les niveaux de concentrations nocives à traiter, la micro-décharge peut être déclenchée à l’aide :

de têtes d’épingles ou de têtes de pinceau ;

de tube(s) de décharge de barrière diélectrique.


Tous ces produits sont efficaces sur les virus et bactéries et jusqu’aux particules les plus fines responsables des odeurs. Ils trouvent ainsi leur place, aussi bien dans les locaux de traitement des déchets, que dans les intérieurs pollués par les fumées de tabac ou celles issus de la cuisson des aliments. La taille de ces éléments odorants étant jusqu’à 300 fois inférieure à celle d’un virus (0,33nm pour la molécule de CO2 vs. 100nm pour le SARS-CoV-2), seuls les modèles dimensionnés pour les volumes plus importants sont en mesure de les traiter.


L.E.L. : Quels sont les niveaux de consommation énergétique des équipements que vous proposez ?


P.B. : Nos produits affichent non seulement une consommation électrique négligeable, mais ils peuvent contribuer à réduire considérablement les dépenses énergétiques des systèmes de traitement de l’air. Pourquoi ? Dans le contexte sanitaire actuel, les autorités gouvernementales recommandent d’augmenter l’apport d’air neuf en espace clos, afin de « diluer » la concentration virale. Cela passe par l’ouverture régulière des fenêtres, lorsque les températures extérieures le permettent, ou par l’apport de 100% d’air neuf via les systèmes de traitement de l'air, ce qui engendrerait une augmentation très conséquente de la consommation énergétique. Ces recommandations seraient donc coûteuses, et pourraient avoir des conséquences catastrophiques sur le plan écologique. Le déploiement des technologies reposant sur le plasma froid, associées aux systèmes de traitement de l’air, assure une désinfection des espaces clos traités tout en permettant de réduire l’apport d’air neuf jusqu’à 75% en appliquant le protocole 62.1 du code de l’ASHRAE (American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers). Avec un moindre volume d’air neuf à traiter, les systèmes intégrant notre technologie permettent une économie d'énergie de plus de 30 %.


L.E.L. : Quels sont les avantages par rapport à d’autres solutions de purification ?


P.B. : Avec le plasma froid, on parle de purification active de l’air intérieur, ce qui signifie que l'élimination de tous les polluants se fait directement dans l’espace clos et non à l'intérieur d’une machine filtrant l’air, par exemple. De plus, nos produits agissent en continu sur l’air ambiant et les surfaces, là où d’autres n’offrent qu’une désinfection ponctuelle devant être renouvelée régulièrement. Les vecteurs de pollution et de contamination, à commencer par les individus eux-mêmes, sont continus, d’où l’importance de cette approche sanitaire. Face à cette contamination constante, la purification active et continue s’impose comme la meilleure des réponses.

La présence de solutions de purification utilisant des filtres ne fait pas obstacle à la mise en place de l’ionisation bi-polaire. Les deux technologies peuvent être utilisées de façon complémentaire à condition que les filtres physiques n’entravent pas la propagation du plasma froid : le filtre capte les polluants les plus volumineux, tandis que le plasma froid effectue un travail de fond. Ce qui pose problème avec les filtres, notamment les plus efficaces (HEPA), c’est leur coût et la nécessité de les nettoyer régulièrement, de préférence par du personnel qualifié et protégé. Ils doivent aussi être remplacés selon les recommandations des autorités locales. Utilisés en complément de nos produits :

l’efficacité de filtration selon la norme ISO 16890 peut être réduite (économies sur les achats des filtres et meilleure efficacité énergétique) ;

les filtres en place durent plus longtemps et nécessitent moins de maintenance (économies en coûts d’utilisation) ;

et donc le dimensionnement nécessaire des machines de traitement de l’air devant forcer le flux à travers ces filtres peut être réduit (économies sur les achats d’équipements et sur leur consommation énergétique).

Les dépenses et les consommations en énergie sont ainsi réduites et le gain d’efficacité est durable : la purification active par plasma froid agit 24h/24 pendant plusieurs années.

Enfin, nos machines ne nécessitent aucun consommable, sauf pour les modèles utilisant des tubes de décharge de barrière diélectrique, dont les tubes doivent être remplacés toutes les 17600 heures de fonctionnement, et ont une durée de vie moyenne de 5 ans.


L.E.L. : Comment expliquer le déploiement avancé de cette technologie en Espagne, au Royaume-Uni et outre-Atlantique ? À quand son développement en France ?


P.B. : Le plasma froid est utilisé notamment en Amérique du Nord depuis plus de 10 ans. Cette technologie a été privilégiée sur de nombreux projets d’envergure : les aéroports de Los Angeles et de New York, les hôpitaux Johns Hopkins et la Mayo Clinic, les chaines d’hôtels Ritz Carlton et Hilton, les bureaux de Google et les tours Bloomberg, de même que le Pentagone et la Maison Blanche... Elle a également trouvé sa place chez les particuliers soucieux de la qualité de l’air dans leur logement.

Son introduction en Espagne est plus récente, depuis environ deux ans. Lorsque la crise sanitaire a gagné le pays, le laboratoire du Ministère de la Défense espagnol a certifié les produits Plasma Air pour l’élimination à 99 % du SARS-Cov-2 (responsable de la maladie appelée COVID-19) dans l'air et sur les surfaces, en l'espace de 10 minutes. Ces données s’ajoutent à celles observées dans la lutte contre les infections nosocomiales en milieux hospitaliers, sans compter les effets bénéfiques sur la qualité de vie de l’ensemble des usagers.

En France, son déploiement sur des projets vient de commencer. Mais la crise du coronavirus a grandement accéléré sa diffusion auprès des spécialistes de la qualité de l’air intérieur, de même que dans le milieu médical et celui responsable de la transition écologique. Cette technologie présente des cohérences sanitaires incontestables, mais aussi des avantages importants au niveau économique et écologique qui s’inscrivent dans la trajectoire environnementale portée par le gouvernement. De plus, ici comme ailleurs, les citoyens passent de plus en plus de temps en intérieur et sont conscients de l’importance de l’assainissement de l’air intérieur, tandis que les études se multiplient sur le thème de la pollution et de la contamination en espace clos. Le plasma froid fera naturellement partie des nouvelles technologies à considérer en construction comme en rénovation.




Corinne Garnier

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