Interview avec Maxence Mendez sur l'anticipation de la qualité de l’air dans le bâtiment


Maxence Mendez, fondateur d’Octopus Lab, est un expert en prévision et réactivité chimique des polluants atmosphériques. Docteur en physicochimie de l’atmosphère, il met au point INCA-Indoor, le seul moteur de calcul de la chimie de l’air intérieur, lors d’un projet de recherche national financé par l’Ademe entre 2013 et 2016. Sa start-up, lancée en 2017, se spécialise dans la prévision de la qualité de l’air intérieur des bâtiments.


LesÉchosLogiques (L.E.L.) : À quel moment décidez-vous de retourner le problème de la qualité de l’air dans le bâtiment pour anticiper les sources de pollution dès la conception ?


Maxence Mendez (M.M.) : Avec le développement du logiciel INCA-Indoor, nous avons pu valider notre compréhension des connaissances des sources de pollution en bâtiment basse consommation. Lorsque les simulations coïncident avec les mesures de qualité de l’air intérieur, nous savons que nous avons tous les bons éléments en main. Sur la base de ce travail, le logiciel INDALO nous permet aujourd’hui, de comparer plusieurs hypothèses et d’anticiper les solutions les plus pertinentes pour la qualité de l’air intérieur. L’idée avec Octopus Lab, c’est d'agir lorsque des choix sont encore possibles dans le bâtiment. Cela peut être au moment de la conception ou quand des travaux sont de nouveau envisageables. Ce qui n’est pas nécessairement le cas dès la fin du chantier, après un premier contrôle de qualité de l’air.


L.E.L. : Quelles sont les solutions proposées par Octopus Lab et à qui s’adressent-elles ?


M.M. : En phase de conception nous évaluons la pertinence des différentes combinaisons envisagées par le maître d’ouvrage, à partir de plusieurs éléments :


une maquette 3D ;

un scénario d’occupation ;

les informations sur les ouvertures : portes et fenêtres ;

les caractéristiques de la ventilation avec les passages d’air et les reprises d’air ;

les différents matériaux utilisés, de ceux choisis pour la construction à ceux qui composent le mobilier ;

l’adresse du bâtiment afin d’évaluer la qualité de l’air extérieur, à partir des données d’archives pour INDALO et des prévisions des agences régionales pour INDALO Supervision.


Les niveaux de pollution émis par les matériaux sont prévisibles et bien renseignés depuis la loi Grenelle II, imposant l'étiquetage des polluants volatils sur les produits de construction, de revêtement, de peinture... En revanche, le décret n’exige pas l’application de cette loi pour le mobilier. C’est regrettable, pour le secteur autant que pour les consommateurs qui auraient pu bénéficier d’un point de comparaison intéressant avant l'achat. De notre côté, nous pouvons estimer les quantités de composés organiques volatils (COV) qui seront par exemple diffusés par un meuble en bois aggloméré, et les intégrer à la modélisation.

La solution INDALO Supervision vise la gestion intelligente des bâtiments exploités grâce à la remontée d’informations. Des capteurs de polluants assurent la relève des données et le suivi en temps réel de la qualité de l’air. Le fonctionnement de la ventilation est alors optimisé en fonction des données collectées, tels que les horaires de présence sur les lieux. Nous travaillons sur tout type de bâtiment : bureaux, logements sociaux, écoles…


L.E.L. : Vous étudiez également les risques de propagation du Sars-CoV-2, comment ces solutions se mettent en place ?


M.M. : INDALO-COVID permet de tester des variantes applicables dans le bâtiment et de sélectionner les plus pertinentes. Par exemple : l’ouverture régulière des fenêtres aura-t-elle un impact significatif ? Sur des bâtiments traversants, où l'air est rapidement balayé à travers la pièce, cette solution peut être efficace. En revanche, si la position des ouvertures ne garantit pas un renouvellement suffisant, les pertes de chaleur risquent d’être plus importantes que les gains de qualité de l’air. Il faut trouver un juste milieu et, en l'occurrence, se diriger vers des systèmes de ventilation plus adaptés. Nous pouvons également tester l’efficacité de purificateurs et de nouveaux types de filtres. INDALO COVID a été développé au mois d’avril, pendant la première vague, et a été présenté à Indoor Air 2020, la 16ème édition de la conférence de l'International Society for Indoor Air Quality (ISIAQ).


L.E.L. : Avez-vous constaté une accélération importante de la prise de conscience sur ces questions ?


M.M. : Le thème de la qualité de l’air s’impose progressivement. Nous avons pu observer cette évolution de nos yeux au cours des dix dernières années. Cette prise de conscience accuse un certain retard sur celle de la performance énergétique, mais elle gagne du terrain. Aujourd’hui, il apparaît évident qu’il faille trouver, le bon compromis entre ces deux enjeux sur chaque projet de construction ou d’optimisation des bâtiments exploités.

La réglementation et l’anticipation des mesures à venir, ont participé à cette accélération. L'obligation de surveillance de la qualité de l'air dans les établissements recevant du public, issue du Grenelle de l'environnement, prévoyait une application pour les crèches dès le 1er janvier 2015. Fin 2014, la ministre de l’Écologie repousse l’échéance, qui sera finalement fixée au 1er janvier 2018. Mais entre-temps, l'effet d’annonce a fait son chemin, et cela a permis d’insuffler un mouvement dans la bonne direction. Les labels et certifications sur les matériaux apportent également leur pierre à l’édifice.


L.E.L. : Est-ce que les matériaux isolants, placés derrière les parois, restent susceptibles d'émettre des polluants en quantité significative ?


M.M. : Tout dépend des configurations. On peut se représenter une structure composée de différentes couches : parois extérieures, panneaux isolants, parois intérieures, peinture… Selon les conditions propres à chaque bâtiment, des transferts plus ou moins importants pourront avoir lieu. À l’échelle des particules, une paroi n’est jamais 100 % étanche et certains éléments, comme les prises de courant, favorisent l’arrivée de polluants. Pour autant, cela ne signifie pas que le transfert ait lieu à chaque fois. Ce que l’on peut observer, c’est que l’impact des peintures, directement en contact avec l’espace intérieur, est détectable dès la livraison du chantier. À l’inverse, les émissions des couches plus éloignées ne seront pas immédiatement perceptibles, mais peuvent émettre en continu pendant plusieurs années. C’est par exemple le cas des matériaux isolants contenant du formaldéhyde. La diffusion de cette substance, particulièrement nocive pour la santé, est susceptible de persister 10 ans après la fin du chantier.

L.E.L. : Est-ce que certains matériaux ou types de matériaux s’illustrent plus que d’autres dans l'amélioration de la qualité de l’air intérieur ?


M.M. : Nous avons eu un premier partenariat avec un fabricant de peinture à base d'algues. Lorsqu’un produit comme celui-ci n’utilise pas de matière première issue du pétrole, cela limite la présence de coproduits potentiellement nocifs et leur diffusion dans l’air intérieur.

Plus récemment, dans le cadre de l'éco-construction de La Petite Fabrique, portée par la Ville de Paris, nous avons pu évaluer les bénéfices d’un projet reposant sur le biosourcé, le local et le réemploi. Pour cela, nous avons comparé ce scénario à celui qui aurait pu être mis en place 10 ans auparavant. C’est-à-dire des actions principalement orientées vers des matériaux moins chers, sans tenir compte des impacts environnementaux et sanitaires. Les choix les plus responsables ont-ils eu un impact positif sur la qualité de l’air intérieur ? Clairement, oui. Tous les résultats étaient plus satisfaisants, par rapport à un scénario où les critères sur la nature des matériaux et leur impact environnemental étaient mis de côté.

Sur ce projet, les fabricants ont bien joué le jeu en nous communiquant l’ensemble des données concernant les niveaux d’émissions de leurs produits. Notre rôle est aussi d’impliquer toutes les parties prenantes dans l’amélioration de la qualité de l’air. Avec la multiplicité des étapes, chacun tend à minimiser sa propre responsabilité. L’engagement du maître d’ouvrage va jouer un rôle important dans cet élan. S’il fait appel à nous, chaque acteur comprend qu’il doit se conformer aux exigences afin que le projet puisse être validé par les tests.


L.E.L. : Quelles sont les nouvelles attentes de vos clients ?


M.M. : Nous travaillons actuellement sur plusieurs conceptions où le défi est d’assurer la qualité de l’air de bâtiments particulièrement exposés aux émissions en particules fines : proximité avec un périphérique, une bouche de métro, le tunnel de Fourvière à Lyon...Il faut penser prise d’air intelligente, durabilité et prendre en compte la réversibilité des bâtiments. Par exemple, le plan de transformation urbaine de la Ville de Paris, remporté par Nexity et situé Porte de Montreuil, à proximité du périphérique parisien, doit pouvoir à terme remplir la fonction de logement. Ce qui signifie, pour nous, la mise en place de solutions capables d’accompagner ces évolutions. Sur tous ces projets, il sera nécessaire d’assurer une certaine continuité dans le temps. Les contrats en qualité de l’air s'approchent de plus en plus du modèle « conception, réalisation, exploitation, maintenance ». Nous sommes présents dès la conception avec la solution INDALO, et poursuivons nos actions dans l’exploitation avec INDALO Supervision, toujours avec l’objectif de remettre la qualité de l’air au centre des priorités.


Corinne GARNIER


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