Interview : l’isolation en paille avec Jean-Baptiste Thévard


Jean-Baptiste Thévard, est le président d'Accort-Paille, réseau d’agences pour la conception, la construction d’ouvrages et la rénovation thermique en paille. Il œuvre depuis une quinzaine d’années au développement de la filière en France et nous éclaire sur les usages de ce matériau biosourcé parfois sous-estimé.


LesEchosLogiques (L.E.L.) : Cette année, la plus ancienne maison en paille de France fête ses 100 ans. Certains ballots ont été ouverts, et sont restés « comme neufs ». Comment expliquer la durabilité de ce type de bâtiment ?


Jean-Baptiste Thévard (J-B.T.) : La paille n’a aucun prédateur naturel. Si le matériau reste à l’abri de l’eau, rien ne fait obstacle à sa conservation. On retrouve ainsi de la paille dans la composition des maisons du Moyen Âge, jusqu’aux cartonnages provenant des sarcophages de l’Egypte Antique. En revanche, la tige de paille laissée au sol entrera dès les premières pluies dans un processus naturel de décomposition. Une image qui vient souvent à l’esprit et qui interroge sur la durabilité d’un tel bâtiment. Dans les faits, la composition de la paille s’approche de celle du bois, mais avec davantage de silice. C’est donc un matériau très résistant.


L.E.L. : Pourquoi a-t-il été un temps délaissé et quelles conditions ont favorisé son retour en construction ?


J-B.T. : Les techniques de construction paysannes reposaient sur le bon sens et l’expérience : l'emplacement des fenêtres, la hauteur et l'inclinaison du toit étaient par exemple étudiés en fonction des vents dominants et des intempéries. Ce savoir-faire a été en grande partie emporté par la Première et la Seconde Guerre mondiale. L'industrie a occupé la place vacante à grands coups de béton sans tenir compte des aspects bioclimatiques. Pour pallier l'inconfort thermique, on ne lésine pas sur les dépenses énergétiques… Jusqu’au choc pétrolier de 1973. Il devient urgent d'isoler pour limiter les dépenses. Puis vient le tour de la ventilation qui vole au secours des bâtiments en proie aux phénomènes de condensation. Une course effrénée qui aurait pu être évitée en appliquant les bonnes solutions dès la conception.


Aujourd’hui, les autoconstructeurs ne vont pas forcément se conformer à ce qui se fait depuis 50 ans. Ils portent des projets innovants qui peuvent devenir de véritables sites d'expérimentation. C’est le cas avec le projet collectif de l’écohameau de La Baie, au Québec, qui a fait émerger la technique du GREB pour la construction en ballots de paille. Ses performances ont séduit les constructeurs à travers le monde : Portugal, Roumanie, Pologne, Maroc… Dans ces habitations, la qualité de vie est indéniable, sur le plan thermique, mais aussi en termes de qualité de l’air intérieur et de confort acoustique.


Sur les projets publics, la préfabrication de panneaux isolés en paille sera le plus souvent privilégiée. Une salle polyvalente, un gymnase mal isolé, entraînent des surcoûts importants en chauffage, avec parfois la nécessité d’enclencher le système la veille pour le lendemain. Les petites communes, en priorité, ont tout intérêt à miser sur la qualité des matériaux et de la mise en œuvre. Ce sont potentiellement plusieurs milliers d’euros de charges annuelles partis en fumée et qui auraient pu être alloués à d’autres projets pertinents pour la commune.


L.E.L. : Certaines techniques s'imposent-t-elles plus que d’autres ?


J-B.T. : Les usages de la paille sont nombreux : ballots de paille, paille hachée, paille composite mélangée à d’autres matériaux… À chaque technique son terrain de prédilection. Par exemple, les blocs de terre-paille s'adaptent parfaitement à un projet d'isolation par l’extérieur. Mais d'autres techniques peuvent être envisagées selon les spécificités du projet. Nous étudions actuellement le comportement thermique et hygrométrique de composés comme le plâtre-paille.


L.E.L. : Quels sont les objectifs visés par Accort-Paille ?


J-B.T. : En tant que Président Directeur Général d’Accort-Paille, je travaille au développement économique de la filière. Mon rôle est d'impulser la structuration de filières régionales autonomes en financement. L’objectif est donc de faciliter l’implantation sur le territoire capable de lever des marchés de construction et de faire monter en compétence tous les acteurs du secteur, du maître d’ouvrage aux artisans en passant par les architectes.


Nous proposons également une offre d'assistance à maîtrise d'ouvrage afin de garantir la qualité de la construction. Il s’agit de dynamiser la filière en aval, mais aussi de structurer l'approvisionnement en amont. Le défi à relever n’est pas celui de la quantité - tant que nous avons assez de farine pour le pain, nous avons assez de paille pour la construction - mais de la périodicité des récoltes. L’idée, c’est de développer des UTSA - Unité Territoriales de Sécurité d'Approvisionnement - en travaillant sur les stocks de paille et de balles rondes, pouvant être déroulées avec des formats adaptés aux dimensions du bâtiment.


L.E.L. : Quelles sont les réticences que vous observez sur le terrain, en construction comme en rénovation ?


J-B.T. : Tout l’enjeu est de rappeler aux collectivités locales que le pouvoir de décision leur revient. Il s’agit de remettre en cause un système routinier où les maîtres d’ouvrage publics délèguent volontiers les questions techniques aux architectes. Les professionnels s’appuient quant à eux sur leur réseau existant et, en définitive, nous obtenons souvent des copiés-collés de marchés depuis 20, 30 ans. C’est un vrai travail de terrain.

L’une des principales appréhensions en rénovation, c’est l’épaisseur du mur après travaux, avec l’inquiétude de perdre en espace habitable. Aujourd’hui nous sommes sur des épaisseurs de 36 cm, pouvant être réduites à 22 cm. Une optimisation intéressante sur des projets d'isolation par l’extérieur. Mais de nombreux projets se prêtent déjà à l'utilisation de la paille dans ses dimensions actuelles : sur des bâtiments industriels, du tertiaire ou des logements sociaux avec reconstruction de la façade. La crainte que le matériau ne soit pas éligible aux aides à la rénovation est également soulevée. Or, les dispositifs de soutien financier mis en place par l’État imposent avant tout des critères de performances. Sur ce point, la paille n’a rien à envier aux autres isolants présents sur le marché, tout en permettant la valorisation d’un coproduit agricole.


Au vu des difficultés économiques que nous traversons depuis la crise sanitaire, nous pouvons imaginer les retombées de la crise climatique à venir. N’attendons pas que les pouvoirs publics légifèrent pour nous engager dès maintenant. Il faut garder à l’esprit qu’un projet pensé maintenant ne verra le jour que d’ici deux ans, et se poser la question des contraintes énergétiques et environnementales qui pèseront alors sur le bâtiment. Aujourd’hui, Accort-Paille est suffisamment solide pour accompagner tous ceux qui veulent se lancer dans un projet de construction ou de rénovation.


Corinne Garnier

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