Ventilation : la France à la traîne par rapport à ses voisins européens ?

Mis à jour : nov. 19


La performance de nos installations de ventilation est-elle à la hauteur de nos ambitions en matière d’isolation thermique du bâtiment ? Les niveaux d'étanchéité et d'émissions polluantes dans l’habitat et les espaces fréquentés au quotidien semblent évoluer plus rapidement que nos réglementations. Qu’en est-il réellement et quelles leçons pouvons-nous tirer de l’expérience de nos voisins européens ?


Du naturel au mécanique, la ventilation suit l’évolution de nos modes de vie


L'ouverture régulière des fenêtres, les conduits de cheminée ou encore les défauts d’étanchéité du bâtiment, ont longtemps constitué les seules voies d’aération dans l’ancien. Le renouvellement de l’air s’est ensuite appuyé sur les grilles d'évacuation installées dans les pièces les plus sujettes aux polluants et à l’humidité : salle de bain, cuisine… Il s’agit de la ventilation dite « naturelle ». Avec l’évolution de nos modes de vie et l'isolation toujours plus renforcée de nos bâtiments, ce procédé à la merci des conditions climatiques ne suffit plus. Les systèmes de ventilation mécanique contrôlée (VMC) viennent alors compenser, à la fois le manque de circulation de l’air dans l’habitat neuf ou rénové, et les niveaux d’humidité et d’émissions polluantes accentués par nos habitudes du quotidien :


· chaque individu émet de la vapeur d’eau en permanence, alors que nous passons désormais 70 % à 90 % de notre temps en espace clos ;

· les activités (produits d’entretien, cuisson, bougies, spray-aérosol…) propagent différents polluants à travers les pièces ;

· une pollution qui s’ajoute à celle des équipements (système de chauffage, électroménagers…) et des meubles (notamment avec les panneaux de bois aggloméré) diffusant en continu des substances potentiellement nocives pour l'organisme.

Les enjeux ont évolué, mais la réponse réglementaire se fait attendre : les débits minimaux de renouvellement de l’air en vigueur datent de l’arrêté de mars 1982, modifié par celui du 28 octobre 1983. Les seuils alors fixés restent en deçà des plafonds recommandables au regard des niveaux de concentrations polluantes enregistrés dans le bâtiment.


Réglementation française : où en sommes-nous ?


Depuis la fixation de ces seuils dans les années 80, plusieurs mesures sont venues compléter une régulation vieillissante, avec notamment :


· la surveillance de la qualité de l’air, imposée par le décret du 17 août 2015 dans certains espaces accueillant du public. Elle est applicable depuis le 1er janvier 2018 au sein des crèches et des écoles et depuis le 1er janvier 2020 dans les établissements d'enseignement du second degré et les espaces de loisirs. Une vigilance qui devrait être prochainement étendue à tous les établissements à compter du 1er janvier 2023.

· l’étiquetage obligatoire des émissions en Composés Organiques Volatils (COV) des produits de construction et de décoration. Il s’agit d’offrir une plus grande transparence aux consommateurs avec des étiquettes allant de « A+ » pour les moins polluants, jusqu’au « C » apposé sur les produits à fortes émissions.

· la création d’une application de sensibilisation du grand public afin que chacun puisse évaluer la qualité de l’air à l'intérieur du logement et entreprendre les démarches les plus appropriées.


Ce travail de fond sur l'amélioration de la qualité de l’air recoupe celui de la performance énergétique du bâtiment. Ces deux priorités ne sauraient être dissociées, comme l’illustre l’expérience de certains de nos voisins européens.


Le traitement de la pollution intérieure ailleurs en Europe


L'articulation des politiques de performance du bâtiment, avec celles de la prévention contre les risques liés à pollution de l’air ambiant, n’a pas toujours été évidente. Sur ce point, nos voisins suédois ont essuyé les plâtres, comme le rapporte le Bâtimétiers N° 41 - 2015, de la Fédération Français du Bâtiment (FFB) (1). Alors que l’isolation thermique des bâtiments s’accélère dans les années 80, le pays fait face à une recrudescence des problèmes respiratoires. L’insuffisance des systèmes de ventilation en place apparaît rapidement comme le principal problème à traiter. S'ensuit une vaste campagne d’information, mais aussi la mise en place de seuils réglementaires de débit d’air, imposant par ailleurs le contrôle régulier des installations de ventilation. Ainsi, dans le parc résidentiel suédois, les VMC double flux avec récupération de chaleur s’imposent dans la majeure partie des maisons individuelles construites après 1990. La France obtient des résultats similaires avec une prépondérance pour la VMC simple flux. Dans ces deux pays, les bâtiments récents apparaissent mieux équipés qu’en Allemagne, en Autriche, au Royaume-Uni et en Espagne, selon le diagramme proposé par la FFB, recensant les données des 6 pays. En revanche, dans l’habitat ancien, la France se retrouve dépassée par ces mêmes voisins européens, à l’exception du Royaume-Uni. Quelles ont été les mesures déployées de leurs côtés ? L'Autriche et l’Allemagne ont fortement misé sur les labels de qualité qu’ils soient d’origine publique ou privée. L’Espagne et le Royaume-Uni ont quant à eux fixé des minimums de débit de ventilation, mais le manque d’information des populations a longtemps freiné leur application. Un décalage évité par la Suède qui a su développer en parallèle ces différents aspects : seuils de débit d’air, labels de qualité et sensibilisation du grand public.


Qu’en est-il du niveau de pollution observé dans ces pays ? Les données communiquées par l'Agence Européenne de l'Environnement (2), sur les concentrations moyennes observées en particules fines classent, là encore, la Suède parmi les bons élèves.


La France n’est pas en reste et se place également devant d’autres pays limitrophes tels que la Belgique, le Luxembourg ou l’Italie.


Quelles sont les mesures attendues dans les années à venir ? Le 4ème Plan National Santé-Environnement (PNSE) pour la période 2020-2024, copiloté par les ministères de la Transition écologique et de la Santé, qualifie le thème de la qualité de l’air intérieur de « prioritaire et emblématique ». Des moyens renforcés devraient être déployés du côté de la formation des professionnels et de la sensibilisation du grand public, ainsi que sur le développement des initiatives locales apportant des réponses concrètes, adaptées à la réalité de chaque territoire. La recherche sur les expositions aux substances nocives tout au long de la vie de l’individu - concept d’« exposome » - est également à l’honneur afin de « mieux comprendre et agir sur la survenue des maladies chroniques et la possibilité pour chacun d’évoluer dans un environnement favorable à sa santé ».


Corinne GARNIER

(1) Les dossiers de Bâtimétiers, N° 41 - Décembre 2015. Fédération Française du Bâtiment (FFB).

(2) Air Quality in Europe - 2019 report. European Environment Agency.

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